Et si on passait nos souvenirs dans Photoshop?

La semaine dernière, j’ai vu passer cette photo, dans mon fil de nouvelles Facebook. C’est une mère de Repentigny, Karine Richard, qui a partagé l’enveloppe du fournisseur de photos scolaires de son enfants. On y proposait de retoucher certaines parties de l’enfant, sur la photo, en payant un supplément.

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Crédit: Karine Richard     Source: Journal de Montréa

Certains ont qualifié cette nouvelle de « tempête dans un verre d’eau ». Je peux comprendre le point de vue. Selon l’entrevue accordée au Journal de Montréal, la compagnie SPEC se défend : «On enlève des cheveux qui dépassent, on corrige un bouton, on replace un collet, on ne fait pas de la chirurgie plastique. Un cas extrême a été d’enlever des broches, mais jamais on ne refera un nez», assure Nestor Sanchez, coordonnateur. La Commission scolaire des Affluents assure que jamais les changements «ne dénaturent l’enfant». Jusque là, ça peut aller.

Je comprends aussi qu’on veuille retoucher la luminosité, l’éclairage, les contrastes. Je le fais moi-même, avec les photos que je prends.

Or, en poussant ma réflexion, je me suis demandée si on n’en venait pas ainsi à effacer les petits défauts, les petites « crottes » de la vie, de nos mémoires. On passe nos souvenirs dans Photoshop, pour que tout ait l’air plus beau, plus « parfait ».

Pourtant, on est des humains. On a parfois une couette de travers, un nez qui reluit, les lunettes un peu croches, un collet qui retrousse ou une tache sur le chandail. Enlever la petite « poque » sur le front d’un enfant qui a fait une mauvaise chute, la semaine avant la photo scolaire, n’est-ce pas un peu effacer de son histoire? Pour quelles raisons faisons-nous cela? Et surtout, pour qui?

La photo n’est-elle pas un souvenir, justement? Un moment précis qui s’inscrit sur une ligne du temps, avec un « avant » et un « après »?

Avant-hier, une amie a publié la photo scolaire de sa fille. On remarquait dans le front de la magnifique enfant une trace, laissée par une piqûre d’abeille. J’ai trouvé ça bien que le photographe la laisse là, qu’il ne l’efface pas. Quand la famille va regarder cette photo, plus tard, elle va se souvenir: « Ah oui! Tu te souviens? Tu t’étais fait piquer par une abeille, la semaine avant la photo scolaire! » Eh oui. Ça fait partie des souvenirs.

Là, vous allez peut-être me donner l’exemple d’un adolescent qui a beaucoup d’acné. Selon vous, est-ce qu’on doit enlever les rougeurs ou non? Encore là, je me dis que la photo scolaire est un souvenir d’un moment dans une vie. Si on rend ça « trop beau », est-ce que le jeune risque de trouver que la photo ne lui ressemble pas? Est-ce qu’on risque de lui envoyer le message d’un idéal à atteindre? D’amplifier ses complexes? On jase, là. Je réfléchis tout haut.

J’ajouterais que, les photos scolaires, on n’est pas obligés de les prendre! Si notre enfant a la bouche sale, un oeil plus petit que l’autre à cause d’une mauvaise nuit, ou une tache sur le chandail et qu’on n’est pas capable de vivre avec ça, on peut laisser passer et prendre d’autres photos à un autre moment…

Quant au choix du photographe, il y a vraiment des gens talentueux qui offrent un beau et bon service: des photos dans des poses super naturelles, avec un beau décor. Par exemple, les photos peuvent être prises dans la classe même. Si vous n’êtes pas satisfait du photographe choisi par votre école, n’hésitez pas à le mentionner (gentiment!) au conseil d’établissement et à proposer les services d’un autre photographe. En 2016, on n’est pas obligés de choisir les photographes qui font des photos en ajoutant un fond avec Photoshop! Ce n’est pas toujours horrible comme résultat, mais… je vous assure qu’on peut trouver mieux! Ça existe. 😉

Voici une autre solution pour éviter d’avoir à faire des retouches. Une amie un peu plus âgée que moi me racontait que, lorsque ses enfants étaient au primaire, quelques parents se rendaient disponibles, le jour de la photo scolaire, pour s’assurer que les enfants avaient la bouche propre, n’avaient pas trop de couettes de travers ou de tache sur les vêtements. C’est une belle initiative, je trouve.

perfect-is-boringAlors, est-ce que cette sortie est une tempête dans un verre d’eau? Peut-être. Mais je pense qu’il y a tout de même matière à réflexion. Que veut-on garder, comme souvenirs? Des photos parfaites, dignes de Pinterest, ou un peu de naturel, pour se rappeler que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, qu’elle évolue et qu’on change?

Selon moi, il y a quelque chose de beau, dans l’imperfection humaine, dans la différence, dans le « pas trop placé ». Le chaos a de la personnalité, un certain cachet. D’ailleurs, j’adore cette camisole, que je porte sur la photo ci-contre! Je l’apprécie encore plus depuis que j’ai dû me raser les cheveux. (Pour ceux qui ne connaissent pas mon histoire, je vous invite à lire ce billet, puis la suite ici.)

Perfect is boring
Think less, live more

Traduction libre: La perfection est ennuyante. Pensez moins, vivez mieux.

Je crois que le plus bel arbre n’est pas toujours celui qui pousse bien haut et bien droit. Laissons donc nos enfants être parfaitement… imparfaits!

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Les nerfs! Éloge de la patience

Quand on est petit, on apprend vite le mot: « Attends! » On doit apprendre à être patient. Selon son tempérament, on est plus ou moins patient. En tous cas, si la patience est tombée du ciel, à ma naissance, on dirait bien qu’elle est tombée complètement à côté de moi! J’ai toujours été un peu hyperactive et ouf… La patience n’a jamais été une de mes qualités. Il faut que ça bouge! Il faut que ça avance! La pire chose qu’on puisse me faire subir, c’est de me faire faire du surplace! Alors, vous vous imaginez bien que si je vous parle de patience, aujourd’hui, c’est qu’il y a eu un élément déclencheur… Même deux! Je vous raconte.

Prise de conscience numéro 1

Dernièrement, lors d’un meeting, je me suis fait demander par mon gérant (qui est aussi un véritable mentor, avec plus de cinquante années d’expérience dans le milieu artistique): « Anne-Lune, pourquoi es-tu si pressée?! »

Floush! J’ai reçu cette phrase comme un seau d’eau en plein visage! C’est comme s’il me disait de façon polie: « Eh, les nerfs, fille! »

Prise de conscience numéro 2

Cette année, avec mes enfants, nous avons décidé de faire des semis pour le jardin: de beaux plants de tomates bio! Ils ont pris plaisir à semer les graines dans de petits pots. Dès le lendemain, nous allions voir notre petite plantation pour voir si nous pouvions apercevoir « du vert ». Idem le jour suivant. Puis, même chose le jour d’après… Toujours sans voir une seule petite pousse! Je me suis dit que les enfants avaient peut-être poussé les graines trop profondément dans la terre, que j’aurais dû les surveiller un peu plus…

Ce n’est que deux semaines plus tard (peut-être même plus!) que nous avons enfin vu les premières pousses. C’est à ce moment que j’ai eu l’idée d’écrire ce billet. Ouaip. Dans la vie, il faut être patient. Il faut laisser la nature faire son oeuvre. De toutes façons, on a beau « tirer dessus », on ne peut pas aller plus vite que la nature!

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Photo publiée sur Instragram.com/anneluneofficiel
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Photo publiée sur Instagram.com/anneluneofficiel

Eh, les nerfs! Il faut être PA.TI.ENT.

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Photo publiée sur Instagram.com/annelisenadeau

Je me suis dit que l’on devrait peut-être s’inspirer de la lenteur de la nature. On chigne: « Le printemps n’arrive pas! On est en avril et on a des températures de février! » Eh, les nerfs! Il faut être PA.TI.ENT. Le printemps arrivera, comme à chaque année. Des preuves? Les plantes sont toutes émoustillées par le changement de lumière. Les bourgeons dans les arbres sont prêts à éclore. Les oiseaux migrateurs sont revenus. Il faut s’armer de patience!

 

 

 

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Photo publiée sur Instagram.com/annelisenadeau

Selon le dictionnaire Antidote, « s’armer de patience » signifie: « qualité de quelqu’un qui peut attendre longtemps, en gardant son calme ».

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À l’entraînement, comme dans d’autres sphères de la vie, c’est à force de constance et de patience que nous finissons par avoir des résultats. Photo publiée sur Instagram.com/annelisenadeau.

Dans quelques jours, cela fera cinq ans que je cours. Et je cours beaucoup! Je m’entraîne fort. Je suis un plan, je suis disciplinée et passionnée. Quand je cours un marathon, un demi-marathon ou une plus courte distance, puis que je ne « performe » pas à mon goût, je rechigne. Eh, les nerfs! Il faut être PA.TI.ENT. À l’entraînement, comme dans d’autres sphères de la vie, c’est à force de constance et de patience que nous finissons par avoir des résultats.

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La plupart des carrières ne se bâtissent pas en deux ou trois ans! Il faut être persévérant.

J’suis une p’tite vite. Dans mon projet artistique et mon entreprise, je voudrais que ça file comme l’éclair, qu’on reconnaisse mon travail, que je puisse voyager avec ma musique et faire ce que j’aime le plus au monde: donner des spectacles. Eh, les nerfs! Il faut être PA.TI.ENT. La plupart des carrières ne se bâtissent pas en deux ou trois ans! Il faut poser des actions chaque jour pour avancer. La reconnaissance viendra au fil du temps. Il faut être persévérant. (Je me parle fort, là. Il faut que j’intègre tout ça…! Ahoum!)

Selon le dictionnaire Antidote, la patience peut également signifier: « qualité de quelqu’un qui peut persévérer dans une entreprise, dans une activité sans se décourager.

Tout ça, c’est bon pour n’importe quel projet: apprendre à lire et à compter, à dessiner, à jouer d’un instrument de musique, à exercer un sport, à développer une amitié… Il faut être patient et indulgent envers nous-même… Laissons-nous une chance!

Quant à la patience avec les enfants… Hum! Ce n’est pas toujours facile, hein! En tant que parent, il nous arrive tous d’avoir la fumée qui nous sort par les oreilles (oui, oui! ça m’arrive aussi!). Cette patience-là, on doit l’exercer aussi… On apprend à se calmer, à se parler et à trouver des solutions… Même pour cet apprentissage-là, ça demande… de la patience! On ne s’en sort pas! Pffff!

On demande aux enfants d’être patients, mais au fond, le sommes-nous nous-mêmes? Nous voulons tout, tout de suite (ah! ça me fait penser à une chanson d’Ariane Moffatt!), on achète sans prendre le temps d’économiser préalablement, on ne prend plus le temps de rêver, on a la culture du fast-food, vite acheté, vite consommé, et quand ça prend un peu plus de temps qu’à l’habitude, on vire fou! On est de mausus de beaux modèles, hein! J’ai envie d’ajouter le hashtag: #not.

« Anne-Lune, pourquoi es-tu si pressée? » me demandait mon gérant, lors du dernier meeting. Après réflexion, je me dis que c’est probablement pour avoir à faire moins d’efforts, à long terme. C’est comme si mon cerveau se disait: « Si j’atteins tout de suite mes objectifs, je n’aurai pas à travailler fort et longtemps! » Ben oui! Simple de même! (Eh, le cerveau! Comme si, pour durer dans un projet, il ne fallait pas travailler… tout le temps! Pffff! Tu es dans les patates!) Or, pour le moment, le plus gros effort que j’ai à fournir, c’est d’exercer… ma patience! Patience, constance, persévérance!

Si vous êtes rendus jusqu’ici dans votre lecture, c’est probablement parce que le sujet vous interpelle. Si nous nous donnions un défi, vous et moi? C’est simple: essayons d’intégrer un peu de zénitude à notre quotidien. La prochaine fois que l’impatience nous montera au nez (oui, oui, ça se sent dans le nez, c’t’affaire-là!), nous prendrons une grande respiration et nous nous rappellerons notre nouveau mantra: « Eh, les nerfs! Il faut être PA.TI.ENT! »