Sortir de la boîte

Ce matin, j’ai vu une vidéo passer sur Facebook: Alike. C’est un court film d’animation au sujet du conformisme. En visionnant le film, j’ai pleuré. Ce sujet m’interpelle beaucoup. Quand on est jeune, on se fait vite mettre dans une boîte. Que veux-tu faire, dans la vie? Quel métier voudras-tu pratiquer? Tu veux faire un métier artistique? Oh! C’est beaucoup trop incertain, tu devrais plutôt choisir un métier stable.

Certaines personnes prennent un autre chemin que celui dont elles rêvaient et perdent leur couleur, deviennent fades, ternies. Les épaules arrondies par une routine qui ne leur convient pas, elles pratiquent un métier qui convient, sans plus.

De mon côté, je sais depuis le primaire que je veux faire de la musique mon métier. Depuis que mon frère m’a mis une guitare dans les mains, en fait. Même l’orienteur de école secondaire n’a pas réussi à me faire démordre de mon projet: je voulais aller au cégep, en musique. Elle m’a faire connaître le programme de musicothérapie, mais je l’ai vite balayé du revers de la main. C’est la scène, qui m’attirait!

J’ai eu la chance d’avoir des parents ouverts. Je me souviens très bien, quand j’ai dit à ma mère, en haut des escaliers: « Ce serait peut-être plus sage de faire un double DEC, en musique et sciences humaines… » Ce à quoi elle a répondu: « Pourquoi tu ne plonges pas seulement dans la musique? Ça fait des années que tu en parles. Fonce! » Forte de la bénédiction maternelle, je me suis inscrite en chant au cégep de Drummondville, puis au baccalauréat en interprétation jazz, à l’Université McGill. Sept ans d’études post-secondaire en musique. Quand même! 😉

À votre avis, combien d’enfants se font décourager, d’aller dans un métier artistique ou dans un métier qui les passionne, faute d’ouvertures? Combien de jeunes passent à côté de leur passion pour aller vers un emploi stable, plus payant, plus sûr?

Quand mes enfants sont entrés à la maternelle, j’ai eu un choc. Je me suis rendu compte à quel point ma vie n’entrait pas dans « le moule ». Le moule du métro-boulot-dodo. Du service de garde à tout prix. Du « on-ne-voit-ses-enfants-que-deux-heures-par-jour ».

Je me suis sentie à l’étroit. Je pleurais ma vie, en écoutant cette magnifique chanson de Charlie Winston (que je vous mets à la fin de ce billet). Pourquoi on m’imposait un système, une façon de vivre? J’ai pensé faire l’école à la maison pour garder ma liberté. Notre liberté. Or, j’ai eu peur. Peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas être assez disciplinée. J’ai donc envoyé mes enfants à l’école, la mort dans l’âme.

Plus tard, j’ai essayé d’entrer dans la boîte. Après avoir été maman à la maison pendant quelques années, je me suis ramassée, au début de la trentaine, avec trois jeunes enfants, belle-maman de deux autres, et des rêves dans la tête… Je rêvais d’avoir les moyens d’avoir une plus belle et grande maison, de voyager, de leur permettre de vivre toutes sortes d’expériences incroyables. Découragée, je me suis dit que ce n’était pas avec le métier artistique que j’allais y parvenir… Je suis allée consulter un orienteur. Encore.

Après plusieurs rencontres, j’ai décidé de commencer un baccalauréat en travail social, à temps partiel, à l’UQÀM. Après quelques sessions, une longue grève est venue mettre une entrave à ma motivation (la fameuse grève de 2012). Pendant cette pause de cours, j’ai mis les bouchées doubles pour me trouver des contrats en musique et comme comédienne, puis je me suis rendu compte que j’arrivais à en vivre! Pas riche, certes, mais j’arrivais financièrement.

Quand est venu le temps de reprendre les cours, à l’automne, après plusieurs mois de grève, je n’y suis pas retournée. Terminer ma session à quatre soirs par semaine, avec ma vie de famille, c’était impossible. Puis, j’étais déterminée. J’ai toujours voulu vivre de ma passion. J’allais donc tout mettre en oeuvre pour que ça fonctionne.

À l’hiver, nous avons décidé, mon amoureux et moi, de démarrer notre projet de chansons pour enfants (à partir d’un livre-disque que nous avions créé quelques années plus tôt). Ce projet est devenu beau et grand, nous fait vivre une panoplie d’émotions et nous amène à nous dépasser continuellement.

Mes enfants ont des parents qui entrent difficilement dans le moule. Nous travaillons parfois les soirs, souvent les fins de semaine. Ils se font parfois garder plusieurs jours et nuits quand nous partons en tournée. D’autres fois, nous les amenons avec nous (je vous invite à lire cette belle aventure). Nous avons une maison modeste. Ça fait des années que nous n’avons pas voyagé en famille. Or, ils peuvent généralement venir dîner à la maison et ne fréquentent le service de garde qu’en cas d’extrême urgence. C’est le choix que nous avons fait pour avoir un équilibre.

Vous allez peut-être me dire: « Oui, mais toi, ce n’est pas pareil. Tu as du guts! » Non, je n’en ai pas plus que vous. Je suis une stressée, angoissée. J’ai plein de peurs, de craintes. Je ne suis pas toujours positive, j’ai mes hauts et mes bas. J’ai simplement pris la décision d’essayer des affaires, de prendre le contrôle sur ma vie, parce que personne ne peut le faire à ma place!

Ce matin, suite à l’écoute du film d’animation, j’ai envie de vous dire qu’avec toutes les facettes de notre personnalité, nous pouvons faire ce que nous voulons de notre vie. Soyons créatifs. Soyons ouverts. Osons sortir du moule. Soyons colorés et colorons le monde qui nous entoure. Soyons un modèle pour nos enfants: tout est possible. Soyons fous!

Come on darling
You can take my hand
Blowing kisses in the wind
We’ll fly away
In our dreams
From the boxes
They’ll put us in 

(Charlie Winston)

Les enfants ont cette capacité de s’émerveiller. Je sais que ce n’est pas toujours facile de prendre le temps pour cela, mais inspirons-nous d’eux. Faisons un détour pour admirer, découvrir un nouveau coin, un nouvel angle de notre vie rangée. Ne soyons pas des éteignoirs; soyons des phares. Soyons le feu de Bengale qui met des étoiles dans les yeux. Permettons à nos enfants de développer leurs passions et leur potentiel. Encourageons-les. Soyons à l’écoute de ce qu’ils veulent. Soyons fiers d’eux. Soyons fiers de nous.

En écrivant ces mots, je me le rappelle aussi à moi-même, car je suis comme vous: pressée, expéditive, soucieuse et paresseuse à l’occasion! J’y vais souvent par le chemin le plus court… Or, le chemin le plus long est parfois le plus riche en expériences de toutes sortes!

Alors, ce matin, je vous souffle des baisers dans le vent et vous emmène dans un rêve un peu fou. Fffffffffff!

Que feriez-vous si vous pouviez vous évader de la boîte? Qu’attendez-vous pour le faire?

Anne-Lune xxx

3 réflexions sur “Sortir de la boîte

  1. Wow, quelle vidéo vraiment incroyable! Ouf, je dois t’avouer qu’ayant quitter ma job des 16 dernières années dans le domaine des jeux vidéo, pour vivre une autre passion, ce n’est pas toujours facile, surtout quand on était sur la bonne voie pour avoir une vie « réussie » (réussie selon les vieux standard, avec un excellent salaire et d’excellentes conditions!) mais bon, j’ai eu les mêmes constats que toi, je veux voir mes filles plus qu’une heure par soir, mais surtout, je voulais retrouver un travail passionnant! Car dans le jeux vidéo j’ai trippé et j’ai trippé solide, et même je dirais que je trippe encore, mais juste pu au niveau d’une grosse boite comme l’était Ubisoft. Anyway, tout ça pour dire que la journée où tu fais un travail que t’aime et que t’en mange, quand ça ne te plait plus, tu veux changer pour retrouver un autre travail qui va te passionner à nouveau et c’est ce que je sui en train de faire!

    Bref, je te dis un ÉNORME MERCI Anne-Lune! Ton texte est excellent et il fait du bien! Merci aussi pour le partage de la vidéo! Vraiment, elle fait du bien elle aussi, car je suis clairement plein de couleur aujourd’hui!

    Ah et pour terminer, BRAVO à toi d’avoir pris la décision de te choisir et de prendre le contrôle de ta vie! 🙂

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    • Merci beaucoup pour ton passage sur mon blogue, François! Bravo pour ton guts! Quitter un emploi avec de belles conditions, ça prend une certaine dose de courage! Yeah! Je te souhaite plein de beaux projets stimulants et de bons moments avec tes filles! ❤

      Aimé par 1 personne

      • Tout le plaisir était pour moi! 😉

        Du courage ou de la folie! 😛 Hehe, merci ma chère! Déjà, j’ai eu des tonnes de beaux moments ❤ et jamais, au grand jamais en (environ) un an, je n'ai regrettai mon choix!

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